Société : Les argentins et la politique.

“De filles, de football et de politique”.


Les trois sujets dont parlent les argentins entre eux.

Quand j’essayais de suivre une conversation enflammée qui parlait d’un certain Diégo, un pote m’a expliqué ça : ces trois sujets sont capitaux pour la discussion entre Argentins (et pour le coup, le Diégo n’est pas une fille, pas un politicien, mais Maradona).  Aujourd’hui le thème qu’on va aborder, c’est la politique en Argentine. Loin de moi l’idée d’être exhaustive, je n’y connaissait strictement rien à mon arrivée ici (ou si, peut-être un TP d’économie à l’IEP qui disait vaguement que les kirchners avaient enclenché une réforme scolaire : mais je n’avais pas réellement suivi, désolée Aubry-Louis).

Histoire rapide, wikipédia sous la main, du pouvoir en Argentine.

L’Argentine est un pays vieux de 200 ans (indépendant de l’Espagne en 1816 me signale mon ami Wikipédia). La plupart de ses gouvernements sont militaires, jusqu’après la 2nde guerre mondiale. Le pays est la 9e puissance mondiale au sortir de la guerre et un nouveau président un dénommé Péron, national-populaire, vient défendre les droits des ouvriers face à la bourgeoisie, et ça fonctionne plutôt pas mal, les richesses sont mieux réparties (ah par contre il en profite pour aider les nazis à s’installer, mais chhhhht). Bon, la bourgeoisie forcément, ça lui plaît moyen, mais c’est pas comme s’il était communiste non plus – ça ce serait vraiment le drame – alors ça va (d’ailleurs, le communisme ne s’installera jamais dans le pays, la lutte, finalement, sera ailleurs). Il essaie de laïciser l’éducation et d’aider aux droits des femmes, mais l’Eglise le laisse pas faire. En 55, coup d’état, puis dictatures militaires bien violentes, à peu près non-stop jusqu’au retour de Péron dans de grandes grèves et manifestations du peuple, en 73. Mais dès 76, re-coup d’état, celui de la Junte.
La Junte, qu’est-ce que c’est ? J’en savais rien alors du coup, j’ai demandé à des Argentins qui l’ont vécu. La Junte c’est une dictature militaire, c’est à dire que tu n’as pas ton mot à dire. Et si tu es contre le régime, tu te retrouves sur un petit agenda, et les militaires viennent chez toi t’attraper, ta femme enceinte, et tes gamins, que tu ne reverras jamais, et tu es enfermé. Plus de 30.000 personnes disparaissent ainsi, sans forcément d’ailleurs avoir été contre le régime. Pendant ce temps, dans les rues, l’Argentine est calme, pas un arrachage de sac, pas un vol de téléphone portable (ben oui si tu veux pas disparaître toi aussi, fais toi petit), ce qui fait dire à certains jeunes ne l’ayant pas vécu, que finalement, c’était mieux sous la dictature – et ça pique les oreilles. La dictature est finalement renversée pendant la guerre des Malouines en 82-83, une guerre qui oppose Margaret Thatcher du Royaume Unis à l’Argentine, que tous les Argentins ont encore au travers de la gorge. Après la dictature, le pays s’enfonce dans la crise avec une hyperinflation. Arrive ensuite Menem, je vous la fais courte sur l’histoire de ce président qui vendait des armes à l’Europe, et est encore aujourd’hui sénateur. En 2001, crise économique majeure, récession, répressions, et arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner. Et là, wikipédia s’arrête (ceci n’est pas une blague, deux paragraphes sur Nestor puis plus rien) donc je dois arrêter de recopier.

Le kirchnerisme, le péronisme, et tous les autres mots en “isme”.

Nous avons donc en 2001, la naissance du kirchnerisme, un populisme de base, inspiré du péronisme, que Cristina reprendra en 2007. Le programme qui les fait gagner propose la vengeance de la dictature, les argentins aiment bien se venger, donc ça plait au peuple, qui les élisent. Pendant douze ans, le pays vit un étrange décalage. Les classes les plus pauvres s’enfoncent dans la pauvreté (la population des villas double), le chômage diminue (de 10%), le jardinier du couple devient secrétaire d’état riche à millions, le pays sort de la dette, des milliers de dollars disparaissent et la politique extérieure s’en sort plutôt pas mal. Alors que dire ?
C’est le Hold Up du Siècle !
C’est un gouvernement corrompu, où la majeur partie du temps a été consacrée à dérober une partie de l’argent et à l’investir dans des hôtels vides et dans des bijoux de luxe que Cristina porte en s’exclamant que “le peuple souffre”. On parle de membres du parti qui se sont construits des fortunes à 35 millions de dollars. A l’heure actuelle, ils vont tous en prison un par un, abandonnant leurs maisons à 3 étages avec piscine juste à côté de leur zoo personnel, et leur appartements de luxe à Puerto Madero. Un exemple concret ? L’état dépense officiellement 50.000$ pour construire une route, il prend un constructeur moins cher, économise 25.000$. La route est pourrie et il faut la refaire dans 5 ans, mais lui, a gagné 25.000$ et peut donc le blanchir. Pire, il achète des trains, se garde la moitié de l’argent : les trains sont pourris, ne s’arrêtent pas en gare, 263 Argentins meurent.
Du pain et des jeux !
Jamais l’adage romain n’a été tant justifié qu’en Argentine ! En effet pendant cette grande escroquerie, il fallait distraire le peuple, car un peuple diverti est un peuple non averti. Deux exemples flagrants : “Le Football pour tous”, une mesure du gouvernement K subventionnant les clubs de football afin que tous puissent jouer gratuitement, et ça tombe bien, les argentins adorent le football. Ensuite, la nationalisation de la “lumière” et de l’électricité : ils ont rendu quasiment gratuit l’électricité. Que ce soit pour un provincial (qui n’a pas ni WC ni électricité) ou un métropolitain, et surtout que ce soit pour un villero (de la classe extrêmement pauvre) ou pour un mec qui a 5 TV, des lustres dans chaque pièce et des petites loupiottes dans sa piscine. Evidemment ça a coûté un BRAS, et a vidé les caisses de l’état. Le gouvernement suivant a donc du rétablir un coût équitable, mais comme c’était plus gratuit, les gens ont râlé.

Macri – bonnes idées et mauvaises actions.

Lors de la dernière élection présidentielle, Cristina est battue, par un candidat libéral qui a comme projet de rendre l’Argentine compétitive (en gros : inflation et contrôle des importations) et sécure (et hop on met tous les petits dealers et les gros corrompus en prison), Macri. Bon, du coup il a plus ou moins réussi, le pays est bien en pleine inflation et ça pique (le prix de la farine augmente aujourd’hui, donc demain le prix du pain augmentera sinon le boulanger s’en sort pas… On voit les prix augmenter ainsi de 5 à 10p soit 0,25-50€ par jour), mais effectivement niveau sécurité, ça s’améliore, et du coup lors des dernières élections législatives, il a presque emporté 50% des voix. Il me semble que c’est la fin du Kirchnerisme en Argentine, à présent que tous les scandales sont rendus publics et que tous vont en prison un par un. Je ne pense pas que Macri soit bien mieux, il détourne forcément de l’argent autrement, mais au moins, les choses bougent. Bougent tellement qu’il commence à avoir des soucis lorsqu’il balance des réformes d’austérité (une réforme du travail qui ne vient pas améliorer les choses, si on y regarde de près) un premier janvier, et ça, ça manque de tact.

Au secours, il y a une télé dans la chambre !

Un petit point rapide, qui servira de conclusion parce que ça fait deux mois que j’écris cet article, et que les coupures d’électricité me l’ont à deux reprises effacé dans sa totalité : j’en ai marre de l’écrire, en plus il est long et vous en avez marre de lire. EN PLUS Y’A PAS D’IMAGES !
Les médias en Argentine sont omniprésents, les journaux et les chaines de télévision appartiennent aux partis politiques. Clarin approuve clairement le gouvernement Macri, et C5N a été acheté par Cristina. Les argentins sont fous de médias, et peuvent se disputer (#vécu) rien qu’en analysant une information selon un journal ou selon l’autre. Et ensuite, les sujets changent très rapidement, il faut un nouveau scandale pour que les débats se relancent, et on compte à peu près deux mois de vie avant l’oubli total du sujet précédent. Maldonaldo, les élections, Nehir…


Deux points qui me marquent dans les médias argentins : Un point positif et un point négatif.

Positif : des émissions télévisées proposent de vrais débats. Ils se disputent, arguent, crient, s’indignent, parlent de démocratie, prennent en exemple les pays qui fonctionnent, tentent de faire avancer le débat et avancer le pays. Nous on a pas vraiment ça en France, un plateau télévisé dans lequel il y ait un vrai débat.

Négatif : Les journaux d’informations regorgent de violence : ils n’hésitent pas à montrer des vidéos de gens poignardés, de fusillades dans le centre ville, de gens qui se vident de leur sang, qui pleurent, de disparitions, de meurtres : une belle image à montrer à la télé quand un enfant de 5 ans peut se trouver passant devant le poste…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *